1992 Album

Levelling the Land

par The LEVELLERS

4,0
Sortie 1992

Les héritiers des Pogues

Quand un groupe parvient à reprendre le flambeau d’une légende sans en être une pâle copie, c’est qu’il a trouvé sa propre voix. Les Levellers, formés en 1988, sont ces dignes successeurs des Pogues que la chronique maison salue à juste titre. Avec « Levelling the Land », leur deuxième album, ils imposent un folk rock punky vitaminé qui leur appartient en propre.

Depuis leurs débuts, le groupe écume les scènes underground et alternatives anglaises. Cette expérience du terrain, des concerts sauvages et des festivals, transparaît dans une musique vivante, faite pour être jouée fort et dansée debout. Les Levellers ne sont pas des musiciens de studio, ce sont des bêtes de scène.

Un folk rock électrique

Le son des Levellers tient dans un alliage singulier. Prenez l’énergie brute du punk, ajoutez le violon endiablé et la mandoline du folk britannique, saupoudrez d’un sens du refrain fédérateur, et vous obtenez cette formule explosive. Les instruments traditionnels y côtoient les guitares électriques sans la moindre fausse note de bon goût.

Cette fusion n’a rien d’académique. Elle naît d’une conviction profonde : la musique populaire, celle des tavernes et des routes, peut se charger d’une électricité contemporaine. Les Levellers réveillent les vieilles complaintes, les bourrent de caféine et les balancent à la face d’une jeunesse en quête de sens.

One Way, l’hymne

Tout album marquant a son titre fétiche, et celui-ci s’appelle « One Way ». Comme le souligne le seed maison, ce morceau atteint la première place des charts indie anglais et devient l’étendard du groupe. Un hymne à la liberté individuelle, à la possibilité de tracer sa propre route loin des sentiers balisés.

Le succès de ce titre n’a rien d’usurpé. Son refrain entêtant, son énergie communicative, son message limpide en font le condensé parfait de ce que sont les Levellers. Sur scène, c’est le moment où la foule entière reprend en choeur, poing levé. La marque des grandes chansons rassembleuses.

Une signature avec une major

Le triomphe de « Levelling the Land » ne passe pas inaperçu. Comme le rappelle la chronique d’origine, ce succès marquant vaut au groupe une signature avec la major américaine Elektra. Un tournant pour ces enfants de la scène alternative, signe que leur message dépasse les frontières du circuit underground.

Cette ascension pose la question, classique, de l’intégrité face au succès. Mais les Levellers gardent le cap, fidèles à leurs convictions communautaires et écologistes. Leur engagement, leur mode de vie, restent en phase avec leur musique. Pas de trahison, juste une audience élargie.

Une conscience militante

Au-delà de la fête et de l’énergie, les Levellers portent un message. Proches des mouvements alternatifs, des travellers et des défenseurs de l’environnement, ils incarnent une contre-culture vivace. Leurs textes parlent de liberté, de justice sociale, de résistance à un ordre établi jugé étouffant.

Cet engagement n’est pas un vernis, c’est la sève même du groupe. Il explique l’attachement viscéral de leur public, cette communauté fidèle qui se reconnaît dans leurs valeurs autant que dans leurs chansons. Les Levellers sont plus qu’un groupe, ils sont un mode de vie mis en musique.

Une communauté plus qu’un public

Ce qui distingue les Levellers de bien des groupes à succès, c’est la nature de leur relation avec leur public. Ce ne sont pas de simples fans, mais une véritable communauté, soudée par des valeurs partagées. Les concerts deviennent des rassemblements tribaux, des célébrations collectives où la musique sert de ciment à un mode de vie alternatif assumé.

Cette dimension communautaire trouve sa source dans « Levelling the Land », album fondateur de cette relation privilégiée. Les chansons parlent directement à ceux qui se reconnaissent dans une certaine marginalité choisie, dans le refus du conformisme. Le disque n’est pas qu’un objet musical, c’est un drapeau autour duquel se rassemble toute une tribu.

L’énergie de la scène anglaise

Le début des années 90 voit fleurir au Royaume-Uni une scène alternative foisonnante, où les Levellers occupent une place de choix. Festivals, squats, concerts improvisés : tout un circuit underground vibre d’une énergie contestataire. Les Levellers en sont l’un des fers de lance, portant haut les couleurs d’une jeunesse qui refuse le destin tout tracé.

« Levelling the Land » capture parfaitement cette effervescence. On y entend la vitalité d’une époque, la rage joyeuse d’une génération en quête d’autre chose. Le disque déborde de cette électricité ambiante, de ce sentiment qu’un autre monde est possible. Un instantané sonore d’une période riche en bouillonnements et en espoirs.

Un disque fédérateur

« Levelling the Land » reste l’album qui a tout déclenché pour les Levellers. Sa puissance évocatrice, son énergie débordante, son authenticité militante en font un classique du folk rock britannique des années 90. Un disque qui donne envie de bouger, de chanter, et accessoirement de changer le monde.

Pour qui aime les groupes qui ont quelque chose à dire et la manière de le dire fort, cet album est un trésor. Les Levellers y livrent leur déclaration d’intention la plus aboutie, un manifeste joyeux et combatif. La preuve qu’on peut être héritier des Pogues et parfaitement soi-même.

La note des passionnés

4,0 /5

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Levelling the Land