2001 Album

La Nòvia

par ACID MOTHERS TEMPLE

4,0

La Novia, ACID MOTHERS TEMPLE : quand le Japon psychedelique rencontre l’Occitanie

Imaginez un collectif de hippies japonais cheveus au vent, branches sur le courant alternatif le plus brulant, qui s’empare d’un vieux chant de mariage occitan pour en faire une epopee psychedelique de quarante minutes. Vous obtenez La Novia, l’un des disques les plus fascinants d’Acid Mothers Temple and the Melting Paraiso U.F.O., paru en vinyle en 2000 puis reedite en disque compact en 2001 avec des titres bonus. Un trip hors normes, ou la transe cosmique japonaise epouse une melodie du sud de la France.

La planete Kawabata

Au centre de la galaxie Acid Mothers Temple trone Kawabata Makoto, guitariste explorateur a la tete d’une confrerie a geometrie variable, plus collectif spirituel que groupe au sens classique. Forme au milieu des annees 90, ce rassemblement de musiciens chevelus et de doux dingues gravite autour de Kawabata avec une logique de communaute mouvante. La discographie du collectif est proprement vertigineuse, l’une des plus prolifiques de toute la musique underground. Difficile de tout suivre, mais La Novia offre l’une des portes d’entree les plus enthousiasmantes.

Un chant de mariage venu d’Occitanie

Le coeur du disque, c’est cette idee geniale et incongrue : reprendre « La Novia », chant traditionnel occitan signifiant la mariee, et le faire muter en suite hallucinee. Le groupe aurait decouvert cette melodie lors d’une tournee en France, et l’aurait peu a peu integree a ses concerts. Voila donc une vieille chanson rurale du sud de la France, transfiguree par des Japonais sous influence du krautrock et de la musique cosmique. La rencontre paraît absurde sur le papier, elle se revele bouleversante a l’ecoute.

Quarante minutes de voyage

La piece-titre occupe la quasi-totalite du vinyle original, etalee sur les deux faces. Elle demarre par des harmonies vocales plaintives, presque liturgiques, avant de s’embraser progressivement en cycles de riffs incandescents. On y croise des passages folk fragiles, des envolees de guitare dechirantes, des textures qui evoquent autant le gamelan que le chant diphonique. Mais toujours, la melodie occitane revient, fil rouge obstine au milieu du chaos sonore. C’est une montee, une transe, une ceremonie qui ne ressemble a rien d’autre.

La filiation cosmique

Musicalement, Acid Mothers Temple s’inscrit dans la grande lignee de la musique psychedelique la plus aventureuse. On pense a Gong et a la scene cosmique anglaise, au krautrock allemand le plus planant, a toute cette mouvance qui, des les annees 70, a voulu faire de la guitare electrique un vaisseau spatial. Drone, repetition hypnotique, debordements de feedback : le vocabulaire est celui de l’extase sonore, de la dissolution de l’ego dans le bruit. Et pourtant, jamais le groupe ne perd de vue la beaute melodique.

Un classique de l’underground

Dans la communaute des amateurs de psychedelisme, La Novia jouit d’un statut a part. On le decrit souvent comme l’un des disques les plus accessibles et les plus reussis du collectif, aussi psychedelique que la psychedelie peut l’etre. Un critique l’a qualifie de ridiculement sublime et sublimement ridicule, formule parfaite pour une musique qui assume son exces avec une joie communicative. Ce n’est pas un disque de raison, c’est un disque de sensation, qui se laisse couler comme une riviere de couleurs.

La transe comme rituel

Pour saisir Acid Mothers Temple, il faut comprendre que la scene est leur veritable terrain de jeu. En concert, le collectif etire ses morceaux jusqu’a l’epuisement, transforme chaque titre en ceremonie chamanique ou la repetition mene a une forme d’extase collective. La Novia capture en studio quelque chose de cette demarche rituelle, cette montee en intensite qui ne ressemble a aucune structure pop classique. La reedition en disque compact ajoute d’ailleurs des titres bonus qui prolongent le voyage, dont une echappee bruitiste qui pousse l’experience encore plus loin dans l’abstraction. Cette generosite, cette absence totale de calcul commercial, fait partie de l’identite du groupe. Kawabata Makoto enregistre et publie a un rythme effarant, comme si la musique jaillissait de lui sans interruption, fleuve continu d’idees et de sons. Dans cette discographie pletorique, La Novia brille comme un point d’equilibre rare entre l’experimentation la plus folle et une vraie beaute melodique accessible. C’est sans doute pour cela qu’il sert si souvent de premiere etape aux curieux qui osent s’aventurer dans cet univers vertigineux. Une initiation ideale.

Se laisser emporter

Reecoutez La Novia casque sur les oreilles, lumieres tamisees : laissez-vous emporter par cette etrange ceremonie nippo-occitane. Il n’y a pas grand-chose a comprendre, tout est a ressentir. Acid Mothers Temple ne fait pas de la musique de tete, mais de la musique de corps et d’esprit dilate, une experience plus qu’une suite de chansons. Que des Japonais aient choisi un chant de mariee occitan pour batir l’une de leurs plus belles fresques en dit long sur la circulation magique des melodies a travers le monde. Un disque qui prouve que la musique se moque des frontieres, des langues et de la raison.

La note des passionnés

4,0 /5

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