1996 Album

Funkifino

par Bernard ALLISON

4,0
Sortie 1996
Genres blues · blues rock

Le digne héritier

Porter le nom d’un géant du blues n’est pas toujours un cadeau. Pour Bernard Allison, fils du grand Luther Allison, le défi était de taille : prouver qu’il était plus qu’un simple héritier, qu’il avait sa propre voix à faire entendre. Avec « Funkifino », son troisième album paru en 1996, il relève brillamment ce pari et confirme qu’il est bien le digne héritier de son illustre père.

Mais Bernard Allison ne se contente pas de marcher dans les pas de Luther. Il se détache de lui, affirme une personnalité propre, des goûts différents. Là où le père puisait dans une certaine tradition du blues, le fils lorgne davantage du côté d’autres influences. Cette émancipation respectueuse, cette capacité à honorer l’héritage tout en traçant sa propre route, témoigne d’une maturité artistique et d’une indépendance d’esprit remarquables.

Du côté de Stevie Ray Vaughan

Les influences de Bernard Allison vont plus volontiers du côté d’un Stevie Ray Vaughan que d’un B.B. King. Ce choix est révélateur de sa sensibilité : il privilégie le blues rock électrique, flamboyant et énergique, plutôt que le blues plus classique et retenu des grands anciens. Cette orientation place Allison dans une lignée moderne, plus rock, plus extravertie.

Cette filiation avec Stevie Ray Vaughan éclaire le style d’Allison : un jeu de guitare puissant et expressif, une énergie débordante, un goût pour les sonorités saturées et les solos enflammés. Le bluesman ne se cantonne pas à la tradition : il l’actualise, lui insuffle une modernité et une fougue qui parlent à un public contemporain. Cette approche dynamique et électrique fait toute la saveur de « Funkifino » et distingue Allison des héritiers timorés du blues.

Un mélange audacieux

L’une des grandes caractéristiques de « Funkifino » est son audacieux mélange de styles. Bernard Allison ne se limite pas au blues : il y intègre le funk, voire même le hip-hop à certains moments. Cette hybridation, surprenante pour un artiste issu du blues, témoigne d’une volonté d’innover, de décloisonner, de refuser l’enfermement dans un seul genre.

Ce métissage donne à l’album une couleur originale et une vitalité particulière. En mariant le blues et le funk, Allison renoue avec une tradition de fusion qui irrigue toute la musique afro-américaine. Les incursions vers le hip-hop, plus inattendues, montrent une ouverture aux sonorités de son époque. Cette audace dans le mélange est le signe d’un artiste vivant, curieux, soucieux de ne pas se répéter. « Funkifino » est un disque qui ose et qui surprend.

Le risque de l’innovation

Une telle audace n’est pas sans risque. Le résultat peut décevoir les puristes, attachés à un blues plus orthodoxe et méfiants envers les mélanges. Ceux qui attendaient un disque de blues traditionnel pourront être déconcertés par ces incursions funk et hip-hop, ressenties parfois comme des entorses à la pureté du genre. C’est le prix à payer pour toute innovation.

Mais ces réserves ne doivent pas occulter les mérites du disque. Car si « Funkifino » peut diviser, il reste un album intéressant, riche et stimulant. Bernard Allison assume ses choix, refuse de se plier aux attentes des conservateurs, et c’est précisément cette liberté qui fait l’intérêt de sa démarche. Mieux vaut un artiste qui prend des risques et qui surprend qu’un suiveur qui ressasse les formules éprouvées. « Funkifino » a le courage de ses audaces.

L’audace d’innover

Ce qui distingue Bernard Allison, c’est précisément son refus de se figer dans le passé. Plutôt que de capitaliser paresseusement sur l’héritage de son père et sur la tradition du blues, il prouve qu’il a l’audace d’innover, d’explorer, de se réinventer. Cette posture créative, ce dynamisme, sont à porter à son crédit et témoignent d’une vraie ambition artistique.

Cette volonté d’avancer, de ne pas se contenter du déjà-vu, est essentielle pour la vitalité du blues. Un genre ne survit que s’il évolue, s’il se nourrit d’apports nouveaux, s’il accepte de se métisser. Bernard Allison participe de cette nécessaire modernisation, apportant au blues une fraîcheur et une énergie bienvenues. « Funkifino » est ainsi plus qu’un simple disque : c’est une déclaration d’indépendance, l’affirmation d’un artiste qui veut faire avancer sa musique.

Un bluesman moderne

Au bout du compte, « Funkifino » dresse le portrait d’un bluesman résolument moderne, soucieux d’inscrire son art dans son époque. Bernard Allison y conjugue le respect des racines et l’ouverture aux influences contemporaines, l’héritage paternel et l’affirmation personnelle. Ce double mouvement, entre fidélité et émancipation, fait toute la richesse de sa démarche.

Pour les amateurs de blues ouverts aux expérimentations, « Funkifino » est une découverte stimulante. L’album prouve que le blues peut rester vivant et pertinent, à condition d’oser le mélange et l’innovation. Bernard Allison y affirme une voix singulière, ni copie de son père ni imitation des maîtres, mais bien la sienne propre. C’est un disque qui mérite l’attention, le témoignage d’un artiste audacieux et talentueux qui refuse les sentiers battus.

Le verdict

« Funkifino » est le troisième album de Bernard Allison, digne héritier de son père Luther mais aux influences lorgnant davantage vers Stevie Ray Vaughan que B.B. King. Mélangeant audacieusement le blues, le funk et même le hip-hop, le disque peut décevoir les puristes mais reste passionnant. Bernard Allison y prouve qu’il ne se fige pas dans le passé et qu’il a l’audace d’innover. Le portrait d’un bluesman moderne et indépendant. Chroniqué par Pierre-André Bague.

La note des passionnés

4,0 /5

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