2001 Album

Wake Up and Smell the Coffee

par The CRANBERRIES

4,0

Wake Up and Smell the Coffee, THE CRANBERRIES (2001) : le reveil irlandais

Apres avoir conquis le monde au milieu des annees 90 avec leur pop-rock irlandais melancolique, les Cranberries semblaient chercher leur second souffle. Paru le 22 octobre 2001, ce cinquieme album marque un retour aux sources assume, un reveil en forme de clin d’oeil au titre lui-meme. En retrouvant leur producteur historique Stephen Street, le quatuor de Limerick renoue avec la formule melodique et lumineuse qui avait fait sa gloire. Un disque attachant, porte par la voix inimitable de Dolores O’Riordan, qui sent bon le cafe du matin et les retrouvailles.

Le retour de Stephen Street

Le grand artisan de ce reveil s’appelle Stephen Street. Producteur des deux premiers albums du groupe, ceux qui les avaient propulses au sommet, il revient aux commandes apres avoir laisse passer les disques precedents. Sa presence n’a rien d’anodin : Street sait mieux que quiconque mettre en valeur la melodie cranberrienne, ce mariage de guitares cristallines et de la voix d’O’Riordan. Enregistre aux Windmill Lane Studios de Dublin, l’album beneficie de ce savoir-faire retrouve, de cette complicite ancienne qui rejaillit sur l’ensemble des chansons.

La voix d’une nation

Au coeur de tout, il y a Dolores O’Riordan. Sa voix, avec ses inflexions irlandaises uniques, ses montees soudaines, ce yodel celtique reconnaissable entre mille, reste le tresor absolu du groupe. Autour d’elle, les freres Noel et Mike Hogan aux guitare et basse, et Fergal Lawler a la batterie, forment un ecrin discret mais solide. Wake Up and Smell the Coffee remet la voix d’O’Riordan au centre, dans des arrangements aeres qui la laissent respirer et briller. On redecouvre toute la magie de cette chanteuse hors norme, l’une des grandes voix feminines du rock des annees 90.

Analyse, le premier signal

Le premier single, « Analyse », donne le ton : melodie limpide, refrain ample, production soignee. La chanson invite a lacher prise, a cesser de tout decortiquer. Son clip dut d’ailleurs etre remonte apres les attentats du 11 septembre, qui venaient de bouleverser le monde quelques semaines avant la sortie. Ce contexte tragique pesa sans doute sur l’accueil du disque, sorti dans un climat de sideration generale. « Time Is Ticking Out », autre temps fort, aborde quant a elle les preoccupations ecologiques d’O’Riordan, marquee par le sort des enfants de Tchernobyl.

Le retour aux racines

Apres le plus rugueux Bury the Hatchet et le sombre To the Faithful Departed, ce cinquieme disque renoue avec la fraîcheur des debuts. « This Is the Day », « Never Grow Old » et les autres titres deroulent cette pop-rock melodique et sincere qui est la marque de fabrique du groupe. La critique parla de retour aux sources, evoquant la veine du premier album. Sans bouleverser leur formule, les Cranberries la peaufinent, l’epurent, retrouvent une forme d’evidence melodique qu’on avait pu croire egaree en chemin. Un disque de maturite tranquille.

Le declin doux-amer

Commercialement, le disque ne retrouve pas les sommets vertigineux de l’epoque Linger et Zombie, ou No Need to Argue s’ecoulait par millions. Il se classe modestement dans le monde anglophone mais resiste mieux en Europe latine, atteignant la deuxieme place des ventes en France, en Espagne et en Italie. Le public continental reste fidele a ce groupe dont la melancolie parle a sa sensibilite. Le succes est honorable, sans plus, signe d’une epoque qui change et de modes qui passent. Les Cranberries appartiennent desormais a une autre ere.

La fin d’un chapitre

Wake Up and Smell the Coffee sera le dernier album du groupe avant une longue mise en sommeil. Apres la tournee, les Cranberries decident de faire une pause en 2003, chacun partant explorer d’autres horizons. Il faudra attendre la fin de la decennie pour les voir se reformer. Ce disque clot ainsi en douceur la premiere grande periode du groupe, celle qui les avait fait passer du statut de petit groupe de Limerick a celui de phenomene mondial. Une fin de chapitre paisible, presque tendre, qui ressemble a un au revoir.

La fidelite du public latin

Il est frappant de constater a quel point les Cranberries ont toujours mieux resiste en Europe latine que dans le monde anglophone. Les deuxiemes places en France, en Italie et en Espagne ne doivent rien au hasard : la melancolie celtique du groupe, son lyrisme a fleur de peau, sa sentimentalite assumee, parlent particulierement aux publics du sud de l’Europe. La voix de Dolores O’Riordan, sa charge emotionnelle immediate, transcende les barrieres de la langue. Ce lien durable entre le groupe irlandais et ses fans latins explique en grande partie la longevite commerciale d’un disque pourtant sorti dans un contexte difficile. Une affaire de coeur autant que de musique.

Le gout du cafe

Reecoutez Wake Up and Smell the Coffee en pensant a Dolores O’Riordan, disparue tragiquement en 2018, et le disque prend une coloration particuliere. Cette voix d’or, cette melancolie lumineuse, cette sincerite a fleur de peau : tout cela nous manque cruellement aujourd’hui. Sans etre leur chef-d’oeuvre, ce cinquieme album rappelle pourquoi on a tant aime les Cranberries, pour leurs melodies qui serrent le coeur et cette voix venue des brumes irlandaises. Reveillez-vous et sentez le cafe, disait le titre : un appel a savourer l’instant, que la suite des evenements rend infiniment poignant. Un disque a redecouvrir, le coeur un peu gros.

La note des passionnés

4,0 /5

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Wake Up and Smell the Coffee