2007 Album

Sgt. Hetfield’s Motorbreath Pub Band

par BEATALLICA

4,0
Sortie 2007
Artiste BEATALLICA

Il y a des idees si folles qu’elles ne peuvent venir que de Milwaukee, Wisconsin. Prendre les melodies des Beatles – ces monuments sacres de la pop mondiale, ces hymnes transgenerationnels que vos grands-parents et vos enfants connaissent et aiment – et les passer au filtre du thrash metal de Metallica, avec les riffs d’Enter Sandman sous Come Together, la voix growlee de James Hetfield remplacant la douceur de John Lennon. Voila ce que sont les Beatallica : une collision improbable entre deux des groupes les plus importants de l’histoire du rock, separee par trois decennies et par tout ce qui peut separer la pop britannique des annees 60 du heavy metal americain des annees 80. Le titre de l’album est lui-meme un chef-d’oeuvre de mashup : Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band rencontre James Hetfield, le tout se deroule dans un pub imaginaire. C’est absurde, c’est genial, c’est exactement ce genre de projet qui ne devrait pas fonctionner et qui fonctionne parfaitement.

L’Art du Mashup Avant la Lettre

En 2004, le concept de mashup commence a penetrer la conscience populaire. Danger Mouse vient de sortir le Grey Album, combinant les instrumentaux du White Album des Beatles avec les vocals de Jay-Z sur le Black Album. Le monde decouvre que les oeuvres iconiques peuvent etre deconstruites, reassemblees, hybridees de maniere productive et artistiquement stimulante. Beatallica s’inscrit dans cette tradition mais avec une approche plus rock, plus physique, plus metal. Leurs chansons ne sont pas de simples superpositions numeriques : elles sont enregistrees et jouees, avec de vraies guitares, une vraie batterie, une vraie voix. Jaymz Lennfield – nom de scene qui dit tout – chante avec cette diction caracteristique de Hetfield, ce growl qui monte et descend, ces intonations si particulieres, mais sur des melodies que tout le monde reconnait immediatement. L’humour est au coeur du projet, mais c’est un humour qui respecte ses sources. Beatallica aime genuinement les Beatles ET Metallica. Ce n’est pas de la parodie degradante, c’est une celebration croisee.

La Bataille Juridique : Sony, Lars et la Liberation

L’histoire de Beatallica ne serait pas complete sans son volet judiciaire, qui est presque aussi entertainant que la musique elle-meme. En 2004, Sony/ATV Music Publishing – detenteur des droits des Beatles depuis que Michael Jackson les avait rachetes dans les annees 80 – envoie une lettre de cessation et desistement au groupe, exigeant qu’il retire ses enregistrements d’internet et cesse toute activite commerciale. C’est la procedure standard pour un detenteur de droits zealote : ecraser toute forme de culture participative qui utilise « ses » oeuvres sans payer de redevances. Mais voila ou l’histoire prend un tour inattendu : Lars Ulrich, batteur de Metallica et notoire adversaire du telechargement illegal (son combat contre Napster en 2000 lui avait valu une reputation de sabreur de liberte), intervient personnellement en faveur de Beatallica. Il trouve le projet genial, il apprecie l’hommage, et il use de son influence pour convaincre Sony/ATV de lacher l’affaire. Le groupe est libere. C’est une des grandes ironies de l’histoire du droit musical : Lars Ulrich, l’homme qui avait voulu controler la distribution de sa propre musique, devient le defenseur de ceux qui « volent » les melodies de ses idoles beatlesques.

La Construction des Monstres : Technique du Mashup Metal

Techniquement, la reussite de Beatallica tient a quelques choix fondamentaux. D’abord, ils choisissent les chansons des Beatles qui ont le plus de potentiel metallique – celles avec des riffs forts, des progressions d’accords agressives, des dynamiques susceptibles de supporter une distorsion maximale. Ensuite, ils ne trahissent pas la melodie originale : la chanson des Beatles reste reconnaissable, identifiable, chantable. C’est la contrainte creatrice qui force le groupe a etre inventif plutot que destructeur. Enfin, ils maitrisent le style Metallica suffisamment pour que les guitaristes de thrash les plus serieux ne puissent pas les accuser d’approximation. C’est un exercice de haute voltige musicale execute avec soin et conviction.

Un Monument de la Culture Rock Participative

Sgt. Hetfield’s Motorbreath Pub Band est bien plus qu’un gadget amusant pour initiaux. C’est un document sur la facon dont la culture populaire fonctionne : par appropriation, hybridation, reinterpretation. Toute l’histoire du rock est une histoire de theft createur, de melodies volees et transformees, de styles absorbes et reconstitues. Beatallica pousse cette logique jusqu’a son terme logique et absurde, et en chemin, ils posent des questions interessantes sur la propriete des oeuvres culturelles, sur ce que signifie « l’originalite » dans une forme d’art qui a toujours repose sur l’influence et la citation. Avec la benediction de Lars Ulrich et malgre les tentatives de censure de Sony, le groupe a prouve qu’il existait un public pour cette hybridation improbable – et que ce public savait parfaitement distinguer l’hommage passionnes de la contrefacon vulgaire. Dans l’histoire de la culture rock, Beatallica occupera toujours cette place unique : le groupe qui a convaincu le batteur le plus procedulier du metal de defendre le droit de jouer avec le sacre.

La note des passionnés

4,0 /5

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