1987 Album

Taking Over

par OVERKILL

4,0
Sortie 1987
Artiste OVERKILL
Genres speed metal

New Jersey contre-attaque : le thrash crache aussi sur la côte Est

En 1987, quand on cause thrash metal, tout le monde a les yeux braqués sur la Bay Area. San Francisco, Metallica, Exodus, Testament, la grande messe californienne. Et pendant que la planète entière se pâme devant la Californie, une bande de teigneux du New Jersey est en train de fabriquer l’un des disques les plus sales, les plus hargneux et les plus increvables de la décennie. Ce disque, c’est « Taking Over », deuxième album d’OVERKILL, et croyez-moi sur parole : il n’a pas pris une ride, ce salopard.

OVERKILL, c’est la côte Est qui montre les crocs. Pas la lumière dorée de la baie, non : la crasse, le béton, l’odeur de bière tiède des clubs new-yorkais. Ces gars-là ont grandi à un jet de pierre du CBGB, dans la fournaise du hardcore. Et ça s’entend. Là où les Californiens fignolent, OVERKILL fonce dans le tas, casque baissé, comme un mec bourré qui voudrait défoncer une porte coupe-feu à coups de tête. C’est ça, le thrash de la East Coast : moins propre, plus mauvais, contaminé jusqu’à la moelle par l’énergie crossover du hardcore de la grosse pomme.

Blitz et Verni : les deux phares de la bande

Au coeur du réacteur, deux types. Bobby « Blitz » Ellsworth d’abord, le chanteur le plus reconnaissable du thrash, point barre. Sa voix, c’est un truc de fou : haut perchée, nasillarde, à la limite du cri de sorcière, mais portée par une hargne qui vous prend à la gorge et ne lâche plus. Quand Blitz monte dans les aigus, on dirait une scie circulaire qui aurait avalé un micro. Certains détestent, moi j’adore : c’est une signature, un timbre qu’on ne confond avec personne. Du caractère pur jus.

Et puis il y a D.D. Verni, le bassiste, l’autre pilier, le cerveau riffeur de la maison. Chez la plupart des groupes de metal, la basse fait de la figuration au fond de la pièce. Chez OVERKILL, elle est devant, grondante, ronflante, vivante. Verni joue de la quatre cordes comme d’une tronçonneuse, et ce gros son organique donne au disque cette assise lourde, cette pulsation de camion lancé à pleine vitesse. Blitz et Verni, depuis 1980, c’est le noyau increvable, le couple infernal qui tient la baraque debout envers et contre tout.

Petite parenthèse pour les fétichistes : « Taking Over » est le dernier album avec le batteur Rat Skates, membre fondateur, qui plie bagage en 1987. Une fin d’époque, donc, et une sacrée façon de claquer la porte.

« Wrecking Crew » : l’hymne qui ne s’est jamais arrêté

Parlons du morceau qui résume tout. « Wrecking Crew », c’est LE titre, celui qu’on hurle en levant le poing, l’hymne de la bande de bras cassés qui défonce le mosh pit. Tellement emblématique que le groupe en a fait l’adresse de son site officiel, wreckingcrew.com. Ce riff, cette charge, ce refrain : c’est du thrash de combat, taillé pour la scène, et il est joué à quasiment chaque concert depuis bientôt quarante ans. Voilà ce qu’on appelle un classique instantané.

Sur la galette, OVERKILL sort aussi « In Union We Stand », autre indéboulonnable du set live, profession de foi prolétarienne qui sent la sueur et la fraternité de bastringue. Le reste suit la même ligne : du tempo, des refrains qui accrochent, une production crade juste comme il faut. On est en 1987 et le disque sonne déjà comme un mur de briques.

Et au-dessus de tout ça plane Chaly, la fameuse mascotte. Un crâne de chauve-souris démoniaque, des cornes, des ailes osseuses et surtout ces deux yeux vert fluo radioactif qui vous fixent depuis la pochette. Chaly, c’est la gueule du groupe, un logo vert pisseux devenu culte au point qu’on a souvent accusé la Deathbat d’Avenged Sevenfold de lui avoir piqué l’idée. Une mascotte si efficace qu’elle hante les vestes en jean de trois générations de metalheads.

Megaforce, Atlantic et le statut de monument vivant

« Taking Over » sort en 1987 chez Megaforce, le label de Jonny et Marsha Zazula (les mêmes qui avaient lancé Metallica), mais cette fois épaulé par un gros bras : Atlantic Records. C’est le premier disque d’OVERKILL distribué par la major, qui sortira d’ailleurs leurs albums pendant des années. Résultat des courses : c’est aussi le premier album du groupe à entrer au Billboard, pointant à la 191e place. Pas un carton planétaire, certes, mais une mise de pied dans la porte, et le début d’une carrière de longue distance.

Car c’est là que se niche toute la beauté de l’affaire : OVERKILL n’a jamais explosé comme Metallica, n’a jamais eu droit aux stades ni aux unes des magazines mainstream. Et pourtant, ils sont toujours là. Toujours actifs, toujours en tournée, toujours à pondre des disques avec Blitz et Verni à la barre, pendant que d’autres ont splitté, divorcé, déposé le bilan ou viré soft. Le statut de groupe culte increvable, ils ne l’ont pas volé : ils l’ont gagné à la sueur de leur front, concert après concert, album après album.

« Taking Over » reste l’un des sommets de leur jeunesse, le moment où la côte Est a prouvé qu’elle pouvait tabasser aussi fort que la Californie, avec sa propre saleté, sa propre attitude, sa propre voix de scie circulaire. Un disque de thrash crossover qui pue la bière, le cuir et le bitume du New Jersey. Si vous ne l’avez jamais écouté, foncez. Et tant qu’à faire, accrochez la pochette au mur : Chaly veille sur les vrais.

La note des passionnés

4,0 /5

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Taking Over