1978 Album

No New York

par Collectif

4,0
Sortie 1978
Artiste Collectif

No New York, COLLECTIF (1978) : au bord du son

En 1978, Brian Eno découvre à New York une scène musicale qui l’enthousiasme profondément. Dans les lofts de Manhattan et les petites salles du downtown, une constellation de groupes joue une musique qui pousse le punk dans ses dernières extrémités : c’est le no-wave. Ses représentants les plus significatifs sont DNA, Teenage Jesus and the Jerks, Mars et The Contortions. Eno convainc Island Records de financer un album de compilation. No New York, sorti en novembre 1978, documente cette scène avec une acuité qui en fait l’un des documents les plus importants de toute la fin des années soixante-dix.

Le no-wave : la liberté formelle totale

Le no-wave refuse les conventions du rock d’une façon plus radicale que le punk. Le punk avait simplifié le rock à ses éléments fondamentaux. Le no-wave va plus loin : il abandonne les structures conventionnelles, traite la dissonance comme un matériau expressif premier, explore les possibilités du son en dehors de tout cadre harmonique établi.

Cette radicalité est informée par les avant-gardes musicales contemporaines – John Cage, Glenn Branca – et par une réflexion sur la façon dont les conventions musicales peuvent être questionnées et dépassées. Le no-wave est une musique de libération formelle autant qu’une musique d’expression personnelle.

Teenage Jesus and the Jerks : Lydia Lunch

Lydia Lunch est la personnalité la plus marquante de la compilation. Chanteuse de Teenage Jesus and the Jerks, elle joue une guitare délibérément non-conventionnelle sur des rythmes brisés et chante des textes qui n’ont aucun rapport avec les conventions de la chanson populaire. Sa voix est un instrument d’exploration sonore : elle cherche des espaces expressifs que les formats habituels ne permettent pas d’atteindre.

Les chansons de Teenage Jesus and the Jerks durent rarement plus d’une minute et demie. Cette brièveté est cohérente avec l’esthétique du groupe : si ce qui est à dire l’est, continuer serait une erreur. La concision comme engagement esthétique.

DNA et l’abstraction sonore

DNA – Arto Lindsay, Tim Wright et Ikue Mori – est peut-être le groupe le plus abstrait de la compilation. Lindsay joue de la guitare de façon entièrement non-conventionnelle, explorant des sons percussifs et des registres inhabituels. Ikue Mori à la batterie joue des rythmes fragmentés qui créent une pulsation alternative. L’ensemble produit une musique qui requiert de l’auditeur une écoute différente de l’écoute habituelle.

L’héritage fondateur

No New York est l’album fondateur du no-wave. Sonic Youth – formé quelques années plus tard – va développer directement les leçons de cette compilation. L’influence sur la musique expérimentale et underground des décennies suivantes est considérable et durable.

La note des passionnés

4,0 /5

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