1999 Album

The Bootlicker

par MELVINS

4,0
Sortie 1999
Artiste MELVINS

Au coeur d’une trilogie aussi étrange qu’ambitieuse, « The Bootlicker » est le visage le plus calme et le plus déroutant des Melvins. En 1999, le trio de Buzz Osborne sort coup sur coup trois albums, et celui-ci est le plus lent, le plus dépouillé, le plus inattendu. Une provocation déguisée en murmure.

Les parrains du grunge

On ne dira jamais assez ce que la musique lourde doit aux Melvins. Originaires de l’État de Washington, ils ont profondément marqué un certain Kurt Cobain, qui les vénérait, et toute la scène qui allait accoucher du grunge. Mais là où Nirvana visait le tube, Buzz Osborne et son acolyte batteur Dale Crover ont toujours préféré le sabotage, l’expérimentation et le refus obstiné de se répéter.

À la fin des années 90, le groupe rejoint Ipecac, le label fondé par Mike Patton, terrain idéal pour leurs aventures les plus radicales. La trilogie de 1999, composée de « The Maggot », « The Bootlicker » et « The Crybaby », est un projet conceptuel qui décline trois facettes de leur identité. « The Bootlicker » en est le centre énigmatique.

Le silence comme arme

Là où l’on attend le mur de guitares habituel, « The Bootlicker » déploie des morceaux lents, dépouillés, presque mélodiques, traversés de silences et d’espaces. Le groupe désamorce sciemment l’attente de ses fans, et c’est précisément ce contre-pied qui fait la force du disque. On y entend une étrange douceur, des arrangements plus subtils, une retenue qui en dit long sur la maîtrise du trio.

Ce refus de la facilité est la marque de fabrique des Melvins depuis toujours. Plutôt que de capitaliser sur leur influence et de livrer le disque de sludge attendu, ils choisissent de surprendre, de désorienter, de tester la patience de l’auditeur. Cette posture exigeante leur a coûté le succès commercial, mais leur a valu un respect intact dans le monde de la musique extrême et au delà.

Le duo formé par Buzz Osborne à la guitare et au chant et Dale Crover à la batterie constitue depuis toujours le coeur indestructible du groupe, autour duquel les bassistes se succèdent. Cette stabilité au sommet permet aux Melvins de prendre tous les risques, de changer de cap album après album sans jamais perdre leur identité profonde. La trilogie de 1999 témoigne de cette liberté absolue : trois disques pensés ensemble, qui forment un geste artistique global et refusent la logique du single et de la rotation radio. Pour les Melvins, la cohérence n’a jamais été dans le confort, mais dans le mouvement perpétuel.

Melvins en concert
Les Melvins de Buzz Osborne, parrains du grunge et eternels experimentateurs de la musique lourde

Une discographie sans compromis

Les Melvins sont l’exemple parfait du groupe culte qui a tout influencé sans jamais vendre des montagnes de disques. Leur productivité est phénoménale, leur cohérence artistique aussi, et chaque album est une nouvelle expérience plutôt qu’une redite. « The Bootlicker » s’inscrit dans cette logique : un disque pour les vrais amateurs, ceux qui suivent le groupe non pas pour les tubes mais pour l’aventure.

Réécouté aujourd’hui, ce disque conserve toute sa singularité. Il rappelle qu’un groupe lourd n’est pas obligé d’être bruyant, que la tension peut naître du calme autant que du fracas, et que les vrais radicaux sont ceux qui osent décevoir leur public pour mieux le respecter. Buzz Osborne et les siens n’ont jamais cherché à plaire, et c’est exactement pour cela qu’ils sont devenus l’un des groupes les plus admirés de l’underground américain.

— Discographie —

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