Solo in Soho, Phil LYNOTT (1980) : l’homme de Dublin se promene
Phil Lynott est l’un des personnages les plus charismatiques du rock irlandais et britannique des années soixante-dix. Chanteur, bassiste et compositeur principal de Thin Lizzy depuis la formation du groupe à Dublin en 1969, il développe une persona rock d’une originalité totale : homme noir irlandais, poète du rock, séducteur au sourire irrésistible et à la basse qui groove avec une musicalité naturelle. Solo in Soho, son deuxième album solo sorti en 1980 chez Vertigo Records, est une exploration personnelle qui s’affranchit des contraintes du hard rock de Thin Lizzy pour aller vers des territoires plus divers et plus personnels.
Yellow Pearl : le futur des charts
« Yellow Pearl » est l’une des surprises de l’album – une chanson synthétique, presque disco-funk, avec des synthétiseurs qui annoncent la new wave des années quatre-vingt plutôt que le hard rock irlandais. Elle sera plus tard adoptée comme thème musical de l’émission britannique « Top of the Pops » pour plusieurs années, ce qui lui assure une survie inattendue dans la mémoire collective britannique.
Cette chanson montre que Lynott n’est pas prisonnier d’un genre ou d’une esthétique. Il suit ses curiosités musicales, et en 1980 il est clairement curieux de la new wave électronique qui est en train de remodeler le paysage de la pop britannique.
King’s Call : l’hommage à Elvis
« King’s Call » est un hommage à Elvis Presley, décédé en 1977. Lynott rend hommage au roi du rock’n’roll avec une sincérité et un respect qui révèlent les profondes racines musicales américaines de sa formation. La chanson est douce, mélancolique, une ballade soul qui dit quelque chose d’authentique sur la façon dont Presley a marqué une génération entière de musiciens.
Mark Knopfler joue de la guitare sur ce titre – un choix parfait, la délicatesse de son toucher correspondant parfaitement à la couleur émotionnelle que Lynott cherche pour cet hommage.
La diversité comme programme
L’album voyage entre la funk, le reggae, la soul, la new wave et le rock, révélant les goûts et les influences multiples d’un musicien dont Thin Lizzy n’exploite qu’une partie du spectre. Il y a dans Solo in Soho une légèreté et une variété qui font de l’écoute un plaisir constant : on ne sait jamais tout à fait dans quelle direction la prochaine chanson va aller.
Cette liberté est le privilège de l’album solo. Sans les contraintes du format et de l’identité d’un groupe établi, Lynott peut aller là où sa curiosité le mène, essayer des choses qui ne seraient pas à leur place dans le contexte de Thin Lizzy.
Le bassiste-compositeur
La basse de Lynott sur cet album est au premier plan – non par ostentation mais parce qu’elle est l’instrument central de sa musicalité. Il joue avec une grâce et un groove qui doivent autant à James Brown et à Sly Stone qu’au rock irlandais. Cette basse groove est l’une de ses contributions les plus importantes et les plus sous-estimées à la musique populaire de son époque.
Un portrait personnel
Solo in Soho est un album de couleur locale autant que musical. Soho – le quartier londonien de la nuit, des bars, des clubs, de la vie nocturne – est le décor naturel de la vie de Lynott à cette époque. Il y vit, il y travaille, il y rencontre les gens qui peuplent ses chansons. L’album est autant un portrait de lieu qu’un portrait d’artiste.
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