Marc Collin et Olivier Libaux ont une idee simple et brillante : reprendre les plus grandes chansons du post-punk et de la new wave des annees 80 en bossa nova, avec des chanteuses dont personne ne connait le nom. Le resultat est « Nouvelle Vague », un album qui est a la fois une blague de bon gout et un vrai projet artistique. Et les deux choses sont bonnes.
La bossa nova contre Joy Division
L’idee de mettre « Love Will Tear Us Apart » de Joy Division en bossa nova est d’un absurde delicieux. Ian Curtis sur des maracas ? La melancolie de Manchester en robe de plage ? Et pourtant ca marche, completement, parce que Collin et Libaux ne cherchent pas a se moquer des originaux mais a les reecouter avec des oreilles neuves. Les chansons du post-punk etaient souvent de tres bonnes chansons, avec des structures melodiques solides que la production sombre et industrielle de l’epoque rendait moins evidentes.
Les chanteurs de post-punk, Joy Division en tete, etaient souvent des virtuoses du morosité. Quand vous retirez la reverb de chambre froide, les synths funeraires et la batterie caverneuse pour les remplacer par une guitare acoustique et une voix feminine solaire, ce qui reste c’est la chanson. Et la chanson est belle.
Le choix du repertoire
« Too Drunk to Fuck » des Dead Kennedys est peut-etre le choix le plus provocant de l’album. Une chanson punk brutale transformee en bossa-pop legere avec une voix qui semble susurrer les paroles les plus offensantes du punk british comme si elles decrivaient un diner en ville. L’effet est comique mais pas gratuit : ca illustre parfaitement comment le contexte musical change radicalement la perception du contenu.
« Guns of Brixton » des Clash, « The Killing Moon » d’Echo and the Bunnymen, « This Is Not a Love Song » de Public Image Ltd : chaque reprise revele quelque chose de la chanson originale qu’on n’avait pas forcement entendu. Nouvelle Vague est aussi un exercice d’analyse musicale involontaire.
Le succes surprenant
« Nouvelle Vague » se vend bien au-dela de ce que ses createurs auraient ose esperer. L’album trouve un public large, international, compose autant de fans de bossa nova que d’anciens punks qui sourient en reconnaissant leurs classiques de jeunesse dans ces habits de lumiere. Des suites sont enregistrees, avec le meme concept applique a d’autres classiques.
Ce n’est pas le genre d’album qui change la musique. Mais c’est le genre d’album qui rend la musique plus joyeuse, plus surprenante, et qui rappelle que les classiques sont classiques precisement parce qu’ils survivent a tout, meme a la bossa nova.
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