1998 Album

Hellbilly Deluxe

par Rob ZOMBIE

4,0
Sortie 1998
Artiste Rob ZOMBIE

Hellbilly Deluxe, ROB ZOMBIE (1998) : le train fantome devient disque

Bienvenue au spectacle d’epouvante. Sous le titre a rallonge Hellbilly Deluxe: 13 Tales of Cadaverous Cavorting Inside the Spookshow International, Rob Zombie ouvre les portes de sa baraque foraine hantee. Paru le 25 aout 1998 chez Geffen, ce premier album solo, apres la dissolution de White Zombie, est un manege a sensations fortes : metal industriel, samples, monstres de cinema et imagerie de film d’horreur de serie B. Zombie y endosse le costume du maître de ceremonie d’un cabinet des horreurs, et l’on en redemande.

Du groupe a l’homme

Apres avoir mene White Zombie au succes, Rob Zombie decide de voler de ses propres ailes. Hellbilly Deluxe marque cette emancipation, et le pari est gagne haut la main. Loin de marquer une rupture, le disque prolonge et amplifie l’univers du groupe : le meme gout pour le grand-guignol, les memes riffs lourds, la meme passion devorante pour le cinema d’epouvante des annees 50 et 60. Zombie n’est pas qu’un musicien, c’est un createur d’univers, un esthete du macabre qui pense en images autant qu’en sons.

La fabrique a monstres

Pour donner vie a sa vision, Zombie s’entoure d’une belle equipe. Mike Riggs a la guitare, Blasko a la basse, John Tempesta a la batterie forment l’ossature, et l’on note des invites de marque : Tommy Lee, le batteur de Motley Crue, vient taper sur quelques titres. Charlie Clouser, le clavieriste de Nine Inch Nails, participe d’abord a la production avant de passer la main a Scott Humphrey, orientant le disque vers ces textures electroniques glaciales qui en font tout le sel. Le resultat sonne moderne, percutant, redoutablement efficace.

Dragula, le bolide infernal

Le sommet absolu du disque s’appelle « Dragula ». Bati sur un riff ravageur et un refrain hurle, ce morceau devient un tube planetaire, l’hymne metal-industriel par excellence de la fin des annees 90. Son titre fait reference au vehicule funebre de la serie televisee Les Monstres, parfait condense de l’univers de Zombie. La chanson connaîtra une seconde vie phenomenale au cinema et dans les jeux video, figurant notamment dans le film Matrix. Un classique instantane, de ceux qui font trembler les murs des clubs.

La galerie des horreurs

Autour du monstre « Dragula » gravite toute une faune fascinante. « Living Dead Girl », soit la fille morte-vivante, deroule un groove irresistible et grimpe dans les charts rock. « Superbeast » cogne avec une energie demente et vaudra a Zombie une nomination aux Grammy. « Meet the Creeper » prolonge le defile des creatures. Chaque titre est une attraction, un wagon du train fantome, peuple de zombies, de vampires et de savants fous. Zombie puise sans complexe dans toute l’iconographie du cinema d’horreur pour batir un disque-concept jubilatoire.

Le cineaste qui sommeille

Cette obsession pour le cinema d’epouvante n’est pas qu’un decor : elle annonce la suite. Quelques annees plus tard, Rob Zombie passera derriere la camera et realisera ses propres films d’horreur, dont La Maison des mille morts et The Devil’s Rejects. Hellbilly Deluxe apparaît retrospectivement comme le brouillon visuel de cette future carriere de cineaste, un storyboard sonore ou se dessinent deja toutes ses obsessions. Zombie est un artiste total, qui ne separe jamais la musique de l’image, le son de la mise en scene.

Le triomphe du macabre

Le public repond present en masse : l’album entre directement dans le top cinq du Billboard et finit triple disque de platine aux Etats-Unis, ecoulant pres de trois millions d’exemplaires. La critique salue la cohrence de l’ensemble, l’efficacite des morceaux, l’intelligence du concept. Zombie a reussi son pari : prouver qu’il pouvait exister sans son groupe d’origine et meme le surpasser commercialement. Le maître du train fantome a trouve son public, et celui-ci raffole de ses frissons calibres au millimetre.

Le sample comme matiere

Une part essentielle du son de Hellbilly Deluxe tient a l’usage des samples. Rob Zombie truffe ses morceaux d’extraits de vieux films d’horreur, de dialogues de serie B, de bruitages inquietants, tisses dans la trame industrielle des guitares et des machines. Ces collages sonores creent une atmosphere de cinema permanent, comme si chaque chanson etait la bande-son d’un film fantastique imaginaire. Cette technique, heritee de la culture hip-hop et industrielle, donne au disque sa texture si particuliere, ce parfum de pellicule moisie et de drive-in abandonne. Zombie ne compose pas seulement des chansons, il monte des sequences, en veritable cineaste du son.

Le frisson reste intact

Reecoutez Hellbilly Deluxe par une nuit d’Halloween, volume a fond : le plaisir coupable reste total. Rob Zombie a compris quelque chose d’essentiel sur le rock, a savoir qu’il est avant tout un spectacle, une fete, un grand huit emotionnel. Son metal d’epouvante ne se prend jamais au serieux tout en sonnant terriblement efficace. C’est de la serie B assumee et sublimee, du divertissement de premier ordre, un manege qu’on a envie de refaire encore et encore. Montez donc dans le wagon : le spectacle d’epouvante n’attend que vous, et il tient toujours ses promesses.

La note des passionnés

4,0 /5

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