Glasgow, Edinburgh, le triangle d’or de l’indie britannique : l’Ecosse a toujours eu quelque chose de special dans ses eaux, une colere tranquille mele d’ironie mordante et de melodie iresistible. Les 1990s surgissent en 2006 avec Cookies, leur album debut, et font exactement ce qu’on attend d’un bon groupe indie ecossais : ils jouent vite, ils jouent fort, ils chantent des choses intelligentes avec l’air de ne pas y toucher. Le nom du groupe lui-meme est un programme : les annees 90, cette decennie benie ou Britpop et grunge se partageaient les radios, ou les guitares jangly sonnaient comme des cloches dominicales, ou Kurt Cobain et Damon Albarn representaient les deux faces d’une meme piece. Les 1990s ne sont pas nostalgiques pour autant – ils sont trop jeunes pour ca. Ils ont grandi avec cette musique, ils l’ont absorbee, digere, et maintenant ils la regurgitent a leur maniere, avec leur accent, leur humour, leur vision de la vie dans une ville britannique post-Thatcher, post-Blair, en plein milieu des annees 2000 qui cherchent encore leur identite musicale apres l’eclatement de la bulle Britpop.
L’ADN Jangly de l’Indie Ecossais
Pour comprendre ce que font les 1990s, il faut remonter aux sources. L’indie ecossais a une longue histoire de guitares propres et melodieuses, de voix desenchantees mais pas deprimees, d’une esthetique lo-fi qui valorise l’authenticite sur la production clinquante. Belle and Sebastian ont refine ce son jusqu’a la transparence cristalline. Franz Ferdinand l’ont electrise et mondialise. Les 1990s se situent quelque part entre ces deux poles, avec peut-etre une dose supplementaire de Teenage Fanclub – ces maîtres abuses de la melodie power-pop glaswegienne qui n’ont jamais eu le succes commercial qu’ils meritaient. Cookies regorge de guitares jangly qui chatouillent les neurones du plaisir, de refrains qui se logent dans la tete sans qu’on puisse les deloger, et de lyrics qui parlent de la vie ordinaire avec une precision chirurgicale. Pas de grandes declarations universelles, pas de philosophie de comptoir : juste l’observation fine du quotidien, les petites trahisons, les grandes esperances deques, les joies fugaces d’un samedi soir en ville.
Cookies : La Recette d’un Album Debut Parfait
Un album debut, ca doit faire plusieurs choses a la fois : presenter un groupe, etablir son identite, prouver qu’on a les chansons, et donner envie d’un deuxieme album. Cookies reussit ce quadruple exploit avec une facilite deconcertante. Les chansons s’enchainent comme des evidences, chacune ayant sa propre personnalite tout en appartenant clairement au meme univers sonore. On n’est jamais dans le remplissage, jamais dans la demo mal finie qui aurait mieux fait de rester dans le tiroir. Chaque morceau est cisel, structure, pense. La production reste volontairement legere, preferant la chaleur organique aux traitements numeriques excessifs. Les guitares sonnent comme des guitares – vraies, imparfaites, vivantes. La batterie a ce claquement sec et satisfaisant qu’on entend dans les meilleures productions indie. La basse tient le tout ensemble sans jamais se mettre en avant de facon ostentatoire. C’est de l’artisanat musical de qualite, fait par des gens qui savent exactement ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Dans un paysage musical 2006 domine par les pretentions conceptuelles et les productions sur-travaillees, cela fait un bien fou.
Le Secret du Son 1990s
Ce qui distingue les 1990s de la masse des groupes indie qui pullulent en 2006, c’est leur sens aigu du timing et de la dynamique. Ils savent quand accelerer, quand retenir, quand laisser une chanson respirer. Ce n’est pas donne a tout le monde. Beaucoup de groupes indie pensent que l’energie brute suffit – ils foncent dans le tas du debut a la fin et esperent que l’enthousiasme compensera le manque de nuance. Les 1990s ont une intelligence musicale qui les place au-dessus de la melee. Ils ont ecoute les Smiths, c’est evident. Ils ont ecoute les Buzzcocks, les Wedding Present, les Pastels. Ils ont assimile toute cette tradition de l’indie britannique artisanal et ils la font leur avec une sincerite qu’on ne peut pas feindre.
Un Debut qui Annonce une Carriere
Avec le recul que donne une vingtaine d’annees, Cookies apparait comme ce qu’il etait : un debut prometteur, franc, honnete, qui annoncait une carriere solide dans les marges lumineuses de l’indie britannique. Les 1990s n’ont pas conquis le monde, ils n’ont pas rempli les stades, ils n’ont pas fait la une des magazines grand public. Mais ils ont construit une fanbase fidele, ils ont tourne inlassablement, ils ont prouve que la musique peut etre simple sans etre simpliste, directe sans etre grossiere, melodieuse sans etre mievre. Dans l’ecosysteme indie britannique des annees 2000, c’etait deja enormement. Cookies reste une reference pour tous ceux qui pensent que les meilleures choses dans la vie sont souvent les plus simples : une bonne chanson, une bonne guitare, une bonne voix, et la conviction que ca suffit a changer une journee ordinaire en quelque chose d’un peu plus beau. Voila ce que font les 1990s avec leur premier album, et ils le font avec une grace tranquille qui force l’admiration.
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