2003 Album

The Ultimate Collection – Spirit of the Irish

par The DUBLINERS

4,0
Sortie 2003
Genres folk

The Ultimate Collection, The DUBLINERS (2003) : l’âme irlandaise dans son expression la plus pure

Il y a des groupes qui ne vieillissent pas. Pas parce qu’ils ont trouvé le secret de l’éternelle jeunesse, mais parce que ce qu’ils font appartient à une tradition tellement ancienne et tellement vivante que le temps ne peut rien contre eux. Les Dubliners sont de ceux-là. Fondé en 1962 autour d’une table au Brazen Head, le plus vieux pub de Dublin, le groupe a traversé soixante ans d’histoire irlandaise en chantant des chansons qui dataient déjà de plusieurs siècles quand ils ont commencé.

« The Ultimate Collection : Spirit of the Irish » sort en 2003, à un moment où les Dubliners sont devenus une institution nationale, une partie intégrante de l’identité culturelle irlandaise, comme le Guinness, le rugby et Samuel Beckett. C’est une compilation qui rassemble l’essentiel de leur oeuvre sur plusieurs décennies.

Ronnie Drew : la voix du Dublin populaire

Ronnie Drew est la voix des Dubliners. Une voix comme un vieux mur de pierre que le lichen a colonisé, rugueuse, profonde, pleine d’histoire. Quand Drew chante « The Wild Rover », on entend Dublin en même temps qu’on entend Drew : les rues pavées du quartier de Temple Bar, les pubs qui ouvrent à midi et ferment à minuit, les conversations à voix basse autour d’une pinte noire.

Drew avait quitté le groupe en 1974 pour mener une carrière solo, avant de revenir en 1979. Son absence avait été compensée par Jim McCann, autre grande voix de la tradition, mais le retour de Drew avait été célébré comme une renaissance.

Luke Kelly et la passion brute

Si Drew est la voix de la tradition et de la sagesse, Luke Kelly est la voix de la passion brute. Ses cheveux roux, sa barbe de trois jours, sa façon de chanter en fermant les yeux comme si la chanson lui échappait de l’intérieur. Kelly avait quelque chose de prophétique quand il chantait. Il donnait aux chansons traditionnelles irlandaises une urgence politique qui reflétait les années soixante et soixante-dix en Irlande.

« The Town I Loved So Well » de Phil Coulter, chanson sur Derry et les troubles du Nord, reste l’une de ses interprétations les plus bouleversantes. Kelly est décédé en 1984, d’une tumeur cérébrale, à quarante-trois ans. Sa mort a laissé un vide que les Dubliners n’ont jamais vraiment comblé.

Les chansons éternelles

« Whiskey in the Jar » est peut-être la chanson irlandaise la plus connue au monde. Les Dubliners en ont enregistré une version qui est devenue la référence. Thin Lizzy en a fait une version rock dans les années soixante-dix. Metallica en a fait une version heavy metal dans les années quatre-vingt-dix. Mais l’original, dans la bouche des Dubliners, avec le banjo de Barney McKenna et la flûte de Ciaran Bourke, reste indépassable.

« Seven Drunken Nights » est une autre pièce maîtresse du répertoire : une chanson comique sur un mari trompé qui refuse de voir les évidences. Elle a été interdite sur la radio nationale irlandaise en 1967 pour cause d’immoralité. Ce qui lui a assuré un succès immédiat.

La tradition vivante

Ce qui est fascinant avec les Dubliners, c’est qu’ils ne sont pas un musée. Ils ont maintenu la tradition irlandaise vivante et populaire à une époque où elle aurait pu se fossiliser, devenir un spectacle pour touristes ou une curiosité folklorique. En jouant dans les pubs, dans les festivals, en enregistrant sans relâche, ils ont transmis leur patrimoine musical à des générations qui n’auraient peut-être jamais eu accès à ces chansons autrement.

Le « Spirit of the Irish » du titre de cet album n’est pas une métaphore vide. C’est une réalité musicale concrète : ce groupe incarne quelque chose de l’identité irlandaise, quelque chose de son rapport à la douleur et à la joie, à la résistance et à l’humour, qui ne peut pas vraiment s’expliquer mais qui s’entend immédiatement.

Une compilation essentielle

Pour celui qui n’a jamais écouté les Dubliners, cette compilation est la porte d’entrée idéale. Elle couvre les grandes périodes, les grandes voix, les grandes chansons. Pour celui qui les connaît déjà, elle est un voyage dans le temps, une façon de retrouver des chansons qu’on croyait connaître et de les réentendre avec de nouvelles oreilles.

Les Dubliners ne seront jamais des icônes rock. Ils ne vendront jamais des millions d’albums aux adolescents du monde entier. Mais leur oeuvre durera autant que dureront les chansons qui la constituent. Et ces chansons-là durent depuis des siècles.

Barney McKenna et le banjo irlandais

On ne quitte pas les Dubliners sans rendre hommage à Barney McKenna, le banjo. Dans la tradition irlandaise, le banjo a été adopté au début du vingtième siècle comme substitut de la bouzouki et du luth dans les contextes de danse et de pub. McKenna en a fait un instrument soliste d’une précision et d’une rapidité stupéfiantes. Son picking, rapide comme l’éclair, agrémente les chansons d’une ligne mélodique complémentaire qui double parfois la voix et parfois part dans sa propre direction. Sur cette compilation, son jeu est un bonheur constant pour qui sait l’écouter.

La note des passionnés

4,0 /5

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The Ultimate Collection – Spirit of the Irish