1991 Album

The Orb’s Adventures Beyond the Ultraworld

par The ORB

4,0
Sortie 1991
Artiste The ORB
Genres électronique

Une fusée lancée dans les années 90

En 1991, alors que le rock se déchire entre grunge sale et britpop naissante, un disque venu de nulle part propose un voyage radicalement différent. « The Orb’s Adventures Beyond the Ultraworld » n’est pas un album, c’est une expédition. Alex Paterson, ancien roadie de Killing Joke devenu sorcier des platines, signe ici l’un des actes fondateurs de l’ambient house, ce genre flottant qui invite à danser allongé.

Bien sûr, l’idée du voyage spatial en musique n’était pas neuve. De Pink Floyd à Gong, de Tangerine Dream aux pionniers du krautrock, on avait déjà entendu des voix d’astronautes flotter sur des nappes cosmiques. Mais The Orb réinvente la formule pour une nouvelle génération, celle des raves et des nuits sans fin, en injectant dans cette tradition planante toute la science du sampling moderne.

Alex Paterson et Jimi Cauty, alchimistes du son

Le duo qu’Alex Paterson forme un temps avec Jimi Cauty, lui-même futur agitateur du KLF, est un laboratoire bouillonnant. Les deux hommes pillent l’histoire de la musique avec une gourmandise réjouissante : un sample de Minnie Riperton ici, une voix de la NASA là, des textures empruntées au dub jamaïcain et au rock progressif. Tout se mélange dans un grand chaudron psychédélique où le temps semble s’étirer à l’infini.

Le morceau emblématique, « Little Fluffy Clouds », est devenu un classique instantané. Sur une boucle hypnotique, une voix raconte des souvenirs de ciels d’Arizona, et soudain l’auditeur décolle. C’est tout le génie de The Orb : transformer des bribes éparses en une rêverie cohérente, fabriquer de la poésie avec des collages électroniques.

Un voyage ambient au long cours

Ce qui distingue ce premier album, c’est son ampleur. Les plages s’étirent sur de longues minutes, refusant le format radiophonique, assumant la lenteur comme un art. On est loin de la techno frénétique des dancefloors : ici, le tempo se fait caresse, les nappes s’étalent comme des aurores boréales, et le voyage prime sur la destination.

Paterson parle volontiers de musique pour danseur fatigué, et la formule est parfaite. Après l’euphorie des raves, quand les corps réclament le repos mais que l’esprit plane encore, The Orb offre l’atterrissage idéal. C’est la bande-son des petits matins blêmes, des chill-out rooms enfumées, des descentes douces vers le sommeil.

Entre Brian Eno et la techno

L’ombre tutélaire de Brian Eno plane évidemment sur l’ensemble. Le concept d’ambient, ce son d’ambiance qui peut s’écouter activement ou se fondre dans le décor, vient directement de l’inventeur de « Music for Airports ». Mais The Orb y ajoute le groove, la pulsation discrète, ce battement de coeur house qui maintient l’auditeur dans un état de transe éveillée.

On navigue ainsi entre plusieurs mondes : la rigueur cérébrale de l’école allemande, la chaleur du dub, l’humour pince-sans-rire d’une certaine culture britannique. Cette synthèse audacieuse fait de l’album un objet inclassable, un manifeste pour une électronique adulte et lettrée, qui ne renie ni son intelligence ni son plaisir.

Un disque visionnaire et influent

Avec le recul, l’importance de ce premier opus saute aux oreilles. Toute une génération de producteurs ambient, trip-hop et électronique lui doit quelque chose. The Orb a ouvert une porte vers une musique électronique narrative, capable de raconter des histoires sans paroles, de peindre des paysages mentaux d’une richesse inouïe.

L’album a aussi prouvé qu’une musique de niche pouvait toucher un large public sans se renier. Curieux, drôle, planant et profond à la fois, il a séduit aussi bien les noctambules des clubs que les amateurs de rock progressif en quête de nouveaux territoires sonores.

Un classique intemporel de l’électronique

Trois décennies plus tard, « The Orb’s Adventures Beyond the Ultraworld » n’a rien perdu de son pouvoir d’évasion. Il reste le sésame parfait pour qui veut comprendre comment l’électronique des années 90 a su devenir un art à part entière, capable de rivaliser en ambition avec les grands disques conceptuels du rock.

C’est un monument flottant, une cathédrale de samples et de nappes, un voyage dont on revient toujours un peu changé. The Orb y a posé les fondations d’un univers que la musique électronique n’a cessé d’explorer depuis. Embarquement immédiat pour l’ultramonde.

L’art du collage sonore

L’une des grandes leçons de cet album, c’est la noblesse retrouvée du collage sonore. Là où certains voyaient dans le sampling une facilité paresseuse, The Orb en fait un art véritable, une manière de composer avec la mémoire collective de la musique. Chaque emprunt devient une couleur sur une immense toile, chaque citation un clin d’oeil complice à l’auditeur cultivé.

Cette démarche, profondément postmoderne, annonçait toute une esthétique qui allait dominer la musique électronique des années suivantes. Paterson et ses complices ont compris avant beaucoup d’autres que l’histoire entière de la musique enregistrée était devenue un matériau disponible, un trésor à recombiner sans cesse. Un disque pionnier, donc, qui dessinait déjà les contours du futur.

— Discographie —

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La note des passionnés

4,0 /5

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