Il y a des albums qui vous tombent dessus comme une averse soudaine en plein ete – chauds, electriques, immediatement physiques. OK Cowboy de Vitalic est de ceux-la. Pascal Arbez-Nicolas, ce fils de Dijon reconverti en alchimiste electronique parisien, sort en 2005 son premier album apres des annees d’EPs qui avaient deja fait de lui un nom culte dans les cerlces de l’electronique europeenne. La basse line de La Rock 01, sortie en 2001, avait deja fait tressaillir les planchers de dancefloors de Berlin a Londres. Mais un album, c’est une autre paire de manches. C’est tenir sur quarante-cinq minutes ce qu’on sait faire en cinq. Vitalic reussit ce pari haut la main avec un disque qui brule d’une energie brute et sombre, qui emprunte a la techno industrielle, au rock electronique, a la new wave et au synthpop en les fusionnant dans un son immediatement reconnaissable. Daft Punk a ouvert la porte, Vitalic l’a defoncee.
La Rock 01 et la Genese d’un Son Unique
La pre-histoire de OK Cowboy commence avec quelques EPs qui circulent sous le manteau dans les communautes electroniques les plus averties. La Rock 01, sortie sur le label Gigolo Records d’International DJ Gigolo, est rapidement devenue une reference absolue du genre – une de ces creations qui definissent une epoque et un esthetique. Ce que Vitalic fait avec cette basse line, avec ce synthesiseur qui sature juste ce qu’il faut, avec cette caisse claire qui claque comme une gifle – c’est quelque chose que personne n’avait fait de cette facon avant lui. Il prend l’esthetique Daft Punk – la house francaise brillante et accessible – et la passe au filtre d’une noirceur industrielle qui evoque plus Kraftwerk ou Nine Inch Nails que les dancefloors parisiens. Le resultat est une musique qui est a la fois populaire et hostile, accessible et etrange, dansante et menaçante. Cette tension, Vitalic la maintient sur tout l’album.
Les Tracks : Une Traversee de Paysages Electroniques Contrastes
My Friend Dario est un hommage transparent a Dario Argento, maitre du giallo italien, et le titre en dit long sur les references culturelles de Vitalic : l’horreur cinematographique, le kitsch assume, la beaute etrange des choses qui font peur. Poney Pt. 1 est une bombe de rock electronique qui joue sur les riffs de guitare synthetises avec une delectation adolescente qui cache une vraie sophistication harmonique. Second Lives ralentit le tempo pour explorer des territoires plus ambiants et melancoliques, prouvant que Vitalic n’est pas seulement un technicien de la deflagration sonore mais aussi un compositeur capable de nuance. Testarossa Autodrive est peut-etre le sommet de l’album – un hommage aux bolides italiens des annees 1980, aux generiques de series televisees, a une certaine idee du cool europeen qui n’existe que dans les synths de la decennie Thatcher/Reagan. Easy Way ferme l’album avec une elegance electro qui laisse l’auditeur dans un etat de satisfaction complete.
L’Influence de Daft Punk : Filiation et Rupture
La comparaison avec Daft Punk est inevitable et legitime, mais elle doit etre nuancee. Vitalic admire les robots de Versailles et n’a jamais pretendu le contraire. Mais la ou Daft Punk cherche la lumiere, la celebration, la joie collective du dancefloor comme experience quasi-religieuse, Vitalic cherche l’ombre, la friction, la decharge d’adrenalite un peu inquiete. Sa musique est plus alienee, plus urbaine dans ses references industrielles, plus proche des froideurs berlinoises que du funk californien. Il y a dans OK Cowboy une noirceur fondamentale qui le rend plus proche de la new wave industrielle que de la French Touch de la fin des annees 1990. C’est ce positionnement original qui en fait non pas un epigone de Daft Punk mais une voix autonome et irreductible dans la musique electronique europeenne.
Un Classique de l’Electronique Francaise
Avec le recul de vingt ans, OK Cowboy s’est impose comme l’une des oeuvres fondamentales de l’electronique francaise – au meme titre que Homework de Daft Punk ou Moon Safari d’Air, mais dans un registre plus sombre et plus abrasif. Les DJ qui ont joue ces tracks dans les clubs de Berlin, de Londres et de Paris dans la seconde moitie des annees 2000 ont contribue a construire un mythe qui n’a fait que grandir avec le temps. Vitalic a continue de produire de la musique de qualite – Flashmob en 2009, Rave Age en 2012, et d’autres projets – mais OK Cowboy reste son oeuvre la plus carre, la plus ambitieuse dans sa concision, la plus parfaite dans son equilibre entre la violence et la beaute. Pascal Arbez-Nicolas a donne a la France electronique quelque chose qu’elle n’avait pas : une face sombre, un grain de sable dans la machine bien huillee du cool parisien. Il a prouve qu’on pouvait venir de Dijon, ne pas etre Rock du tout au sens image traditionnelle du terme, et faire exploser les enceintes de Berlin avec la meme autorite qu’un veteran de la techno allemande. OK Cowboy demeure, avec le recul, non seulement un grand album de danse mais une oeuvre qui a elargi les frontieres de ce que la musique electronique francaise pouvait pretendre accomplir sur la scene mondiale.
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