1966 Album

Hums of the Lovin’ Spoonful

par The LOVIN SPOONFUL

4,0
Sortie 1966

Le troisieme acte du Spoonful

Novembre 1966. Le Lovin’ Spoonful publie son troisieme album en moins d’un an. Le rythme est celui d’un autre temps, ou les maisons de disques poussent les groupes a produire comme des usines parce que les ventes de vinyle sont enormes et les cycles courts. John Sebastian n’est pas epuise par ce rythme: il est inspire. Hums of the Lovin’ Spoonful est peut-etre son album le plus personnel, le plus ambitieux, le moins soucieux de plaire immediatement.

L’annee 1966 a ete une annee formidable pour le groupe. « Daydream » en janvier. « Did You Ever Have to Make Up Your Mind » au printemps. La bande originale du film « What’s Up, Tiger Lily? » de Woody Allen en septembre. Et maintenant Hums, qui arrive en novembre avec une confiance que seule donne la reussite continue. Sebastian peut se permettre d’experimenter. Il se le permet.

The Lovin' Spoonful 1965
The Lovin’ Spoonful, les maitres de la pop joyeuse de New York

Sebastian en pleine possession

« Rain on the Roof » ouvre l’album avec ce que Sebastian fait de mieux: une scene quotidienne, une pluie de week-end, deux personnes au lit, la radio en fond, et une sensation de bonheur si precise qu’elle devient universelle. La melody est douce et la production d’Erik Jacobsen respecte cette douceur: pas de surproduction, pas d’orchestration envahissante. Juste une chanson qui ressemble a un dimanche matin.

« Coconut Grove » va plus loin dans l’impressionnisme. Sebastian semble s’amuser a creer des atmospheres plutot que des recits. Le titre evoque le quartier de Miami, mais la chanson est plus un etat mental qu’une description geographique. Les harmonies de Zal Yanovsky sont etranges et belles, placees en dehors des positions attendues.

« Nashville Cats » est le moment de bravoure de l’album et l’un des premiers hommages authentiques au country dans le rock’n’roll mainstream. Sebastian rend hommage aux musiciens de studios de Nashville avec une affection et une connaissance qui desarment: il cite les « thirteen-hundred and fifty-two guitar pickers in Nashville » et invente une genealogie musicale imaginaire et plausible. La chanson devient un single qui monte dans les charts et surprend tout le monde, y compris le groupe.

La face experimentale

« Full Measure » est une chanson de trois minutes qui commence comme une pop song et bifurque vers quelque chose de plus sombre, plus tendu. Sebastian explore un registre emotionnel nouveau pour le groupe: la perte, l’inquietude, le sentiment que le bonheur est fragile. « 4 Eyes » est un portrait – un personnage avec des lunettes, un detail physique transforme en embleme de l’alienation sociale – d’une finesse qui rappelle les meilleures chansons de Ray Davies.

Yanovsky apporte « Bes’ Friends », une chanson ecrite avec Sebastian qui alterne les voix avec une fluidite elegant. La complicite entre les deux guitaristes-compositeurs-chanteurs est au coeur de l’identite du groupe. Ils ne sont pas freres, mais ils jouent comme des gens qui se connaissent depuis l’enfance et n’ont pas besoin de s’expliquer.

« Voodoo in My Basement » est la plus grande surprise de l’album: une chanson qui joue avec le mystere et l’humour, qui emprunt le vocabulaire du rhythm and blues des clubs de la 52e rue sans trahir sa nature pop. Sebastian connaît ses classiques. Il les utilise avec discretion.

Le declin qui arrive

Hums of the Lovin’ Spoonful est sans le savoir le dernier grand album du groupe. 1967 apportera les ennuis: Yanovsky sera arrete pour possession de marijuana a San Francisco et accusera son revendeur pour eviter l’expulsion du Canada. La communaute musicale lui en tiendra rigueur. L’atmosphere autour du groupe se degrade. Sebastian, qui vient de se marier, commence a regarder vers une carriere solo.

Le groupe continuera jusqu’en 1969 avec des membres changes et des albums moins convaincants. Mais l’essentiel est ici, dans ces trois albums de 1966, qui forment un corpus unique dans la pop americaine de l’epoque: joyeux sans etre niais, sophistique sans etre pretentieux, new-yorkais jusqu’au bout des cordes de guitare.

Hums of the Lovin’ Spoonful n’a peut-etre pas la popularite commerciale de Daydream, ni l’impact historique du premier album. Mais c’est l’album ou Sebastian s’ecoute le moins et ou il entend le mieux ce qu’il a a dire. Pour un compositeur, c’est le signe d’une maturite reelle. L’album le plus honete d’un groupe qui n’a jamais vraiment menti.

Erik Jacobsen et la production comme scalpel

Erik Jacobsen est un producteur de la vieille ecole new-yorkaise, forme dans les sessions de folk et de country. Sa methode avec le Lovin’ Spoonful est la confiance: il fait confiance aux musiciens, confiance aux chansons, confiance au fait que la simplicite bien executee vaut mieux que la complexite mal maitrisee. Sur Hums, cette philosophie donne sa meilleure application. Les morceaux respirent. Les silences sont habites. Sebastian peut murmurer ou pousser sa voix sans que le mix le trahisse.

L’album a ete enregistre vite, comme tous les albums de l’epoque. Les sessions ne trainent pas. Sebastian arrive avec les chansons quasi finies dans la tete. Le groupe les joue, Jacobsen enregistre, on avance. Cette rapidite paradoxalement preserve quelque chose de fragile et d’immediat qui se perd souvent dans les productions trop elaborees. Hums sonne comme un groupe qui joue dans une piece, pas comme un produit assemble par morceaux. C’est une qualite de plus en plus rare a mesure que les annees 60 avancent et que les techniques de studio deviennent plus sophistiquees et plus tentantes.

— Discographie —

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La note des passionnés

4,0 /5

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