Gretchen Goes to Nebraska, KING’S X (1989) : le hard rock qui pense
Parmi les groupes injustement meconnus du grand public mais venerés par les musiciens, King’s X occupe une place a part. Ce trio de Houston, au Texas, a invente dans les annees 80 un hard rock d’une originalite folle, melange improbable de riffs lourds comme l’enclume, d’harmonies vocales dignes des Beatles et de quetes spirituelles brulantes. En 1989, le groupe atteint un premier sommet avec Gretchen Goes to Nebraska, leur deuxieme album, un disque culte qui influencera toute une generation.
Un trio hors norme
Au centre du groupe, un homme exceptionnel : dUg Pinnick, bassiste et chanteur a la voix soul d’une intensite rare, noir et croyant dans un monde de metal majoritairement blanc. A ses cotes, le guitariste Ty Tabor, virtuose discret au son immediatement reconnaissable, et le batteur Jerry Gaskill, fondation solide de l’edifice. Tous trois chantent, et c’est la le secret de King’s X : ces harmonies vocales a trois voix qui flottent au-dessus des riffs les plus pesants, comme un choeur d’eglise greffe sur du Black Sabbath.
Over My Head, l’hymne gospel-metal
« Over My Head » resume a lui seul le genie du groupe. Construit sur un riff massif, le morceau s’envole sur un refrain qui emprunte directement au gospel : « Music, music, over my head ». dUg Pinnick y chante sa foi et son doute avec une ferveur d’evangeliste, et le titre devient un hymne pour les fans. On y entend tout l’heritage de la musique noire americaine, le blues, la soul, le gospel, telescope avec la puissance du hard rock le plus lourd. Personne n’avait jamais ose un tel grand ecart.
Une production a part
Produit par Sam Taylor, le disque possede un son chaud et organique qui le distingue radicalement des productions metalliques clinquantes de l’epoque. Les guitares de Ty Tabor, accordees plus bas que la normale, deploient un grain unique, a la fois lourd et clair. Ce son deviendra une reference, cite plus tard comme influence majeure par les groupes du grunge et du metal alternatif des annees 90. King’s X a ouvert des portes que d’autres ont franchies avec plus de succes commercial.
Spiritualite et introspection
Les textes de Gretchen Goes to Nebraska tranchent eux aussi avec la posture de l’epoque. La ou le hard rock americain chantait les filles et la fete, King’s X interroge la foi, le sens de l’existence, la solitude et la quete de redemption. Le groupe, marque par une education chretienne, ne fait pourtant jamais de prosélytisme : sa spiritualite est tourmentee, habitee de doutes, profondement humaine. « Summerland » deploie ainsi une beaute melancolique rare dans ce registre.
Le groupe que les autres copiaient
King’s X n’a jamais connu le succes massif qu’il meritait, peut-etre trop singulier, trop inclassable pour les radios. Mais demandez a Pearl Jam, a Soundgarden, a Dream Theater ou aux innombrables musiciens qui les ont cites en exemple : tous s’inclinent devant ce trio texan. Gretchen Goes to Nebraska reste le sommet d’une discographie exigeante, le disque ou tout se met en place : la lourdeur des riffs, la grace des harmonies, la profondeur des textes. Un chef-d’oeuvre souterrain qui n’attend que d’etre redecouvert par les oreilles curieuses. Le hard rock, ici, se met enfin a penser et a prier.
La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration



