2001 Album

The Moldy Peaches

par The MOLDY PEACHES

4,0
Sortie 2001

The Moldy Peaches, THE MOLDY PEACHES (2001) : la tendresse et le trash

Imaginez un homme deguise en Robin des Bois et une femme en costume de lapin, chantant des comptines a la fois enfantines et obscenes sur des guitares mal accordees. Voila les Moldy Peaches, duo new-yorkais culte forme par Kimya Dawson et Adam Green, et voila leur premier album eponyme paru en 2001. Pilier de la scene antifolk de Manhattan, ce disque deroutant melange candeur et grossierete, naïvete et provocation, dans un esprit do-it-yourself radical. Une oeuvre attachante et borderline, qui connaîtra une seconde vie inattendue des annees plus tard.

Les enfants terribles de l’antifolk

Kimya Dawson et Adam Green se sont rencontres adolescents dans un disquaire, et leur complicite a donne naissance a l’un des duos les plus singuliers du rock independant. Tous deux sont des figures centrales de l’antifolk, ce mouvement ne dans l’East Village new-yorkais, autour de l’open mic du Sidewalk Cafe. Aux cotes de Jeffrey Lewis, Regina Spektor ou Diane Cluck, ils incarnent cette scene irreverente qui prend le folk a rebrousse-poil, melange l’acoustique et l’attitude punk, la sincerite et l’humour le plus potache. Une famille de doux dingues poetiques.

Le grand ecart permanent

Ce qui frappe d’emblee dans The Moldy Peaches, c’est le contraste permanent entre douceur et trash. Une meme chanson peut passer d’une melodie d’une tendresse desarmante a des paroles d’une crudite assumee. Cette tension, ce melange de candeur enfantine et de provocation adolescente, fait toute la singularite du duo. Les Moldy Peaches jouent sur ce decalage avec une jubilation evidente, brouillant les pistes, deroutant l’auditeur, refusant toute respectabilite. C’est un disque qui ne se prend jamais au serieux tout en cachant, sous ses dehors loufoques, une vraie sensibilite.

L’esthetique du bricolage

Fidele a l’ethique antifolk, le disque assume une production volontairement rudimentaire. Enregistre dans des conditions artisanales, il cultive le son lo-fi, les guitares brutes, les voix sans fioritures. Cette pauvrete des moyens n’est pas un defaut mais un parti pris esthetique : elle traduit une authenticite, un refus du formatage, une proximite directe avec l’auditeur. Les Moldy Peaches sonnent comme deux amis qui s’amuseraient a enregistrer des chansons dans une chambre, sans aucune ambition commerciale. C’est precisement cette absence de calcul qui fait leur charme et leur credibilite dans le milieu.

Anyone Else but You, la pepite

Au milieu de ce joyeux desordre se cache une pure merveille : « Anyone Else but You ». Cette chanson d’amour toute simple, ce duo tendre et maladroit, possede une grace immediate qui transcende le cadre lo-fi du disque. Avec ses paroles touchantes sur l’acceptation de l’autre dans toute son etrangete, elle atteint une universalite rare. Personne ne se doute alors du destin extraordinaire qui attend ce petit bijou enfoui dans un album confidentiel. La plus belle des chansons des Moldy Peaches, celle qui les fera connaître bien au-dela de leur cercle d’inities.

L’effet Juno

La consecration vint en effet de maniere totalement inattendue, six ans plus tard. En 2007, le film Juno de Jason Reitman utilise « Anyone Else but You », reprise en duo par les acteurs Ellen Page et Michael Cera dans la scene finale. Le succes phenomenal du film propulse la chanson, qui entre dans les classements americains, et fait redecouvrir les Moldy Peaches a tout un nouveau public. Cet effet Juno offre une seconde vie spectaculaire a un disque jusque-la culte mais confidentiel. La preuve qu’une belle chanson finit toujours par trouver son chemin, parfois par les voies les plus imprevues.

Deux destins solos

Apres ce premier album et une mise en sommeil du duo, Kimya Dawson et Adam Green poursuivront chacun une riche carriere solo. Green developpera un univers pop baroque et decale, multipliant les disques et les projets artistiques. Dawson, elle, signera notamment une bonne partie de la bande originale du film Juno, prolongeant le lien entre le duo et ce long-metrage qui aura tant compte pour eux. Chacun cultivera, a sa maniere, l’heritage antifolk des origines, cette liberte totale et ce refus des conventions qui faisaient l’ADN des Moldy Peaches.

La scene comme refuge

Pour comprendre les Moldy Peaches, il faut imaginer le Sidewalk Cafe de l’East Village, ce petit lieu new-yorkais ou la scene antifolk a pris racine. C’est la, lors des soirees scene ouverte, que Kimya Dawson, Adam Green et leurs comparses ont forge leur esthetique, dans une ambiance de fraternite bricoleuse et de liberte totale. Ce refuge, loin des circuits commerciaux, a permis l’eclosion d’une musique sans calcul, faite par et pour une communaute d’amis. The Moldy Peaches porte la trace de cette origine collective et conviviale, ce parfum de cave enfumee ou l’on chante pour le plaisir et l’amitie. Une musique de bande, au sens le plus chaleureux du terme, qui doit tout a cette scene generatrice.

L’eloge de l’imperfection

Reecoutez The Moldy Peaches sans prejuges et laissez-vous gagner par son charme bancal. Dans un monde musical obsede par la perfection technique et le lissage, ce disque revendique le droit a la maladresse, a l’amateurisme assume, a la sincerite brute. Les Moldy Peaches nous rappellent que la musique est d’abord un jeu, un plaisir, une expression libre, loin des calculs de carriere. Derriere les deguisements ridicules et les paroles potaches se cache une vraie tendresse, une humanite touchante. Un disque imparfait et c’est tout son charme, qui finit, comme « Anyone Else but You », par se faire aimer pour ce qu’il est. Attachant jusqu’au bout.

La note des passionnés

4,0 /5

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